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La curiosité est un conte charmant de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, surtout connue pour La belle et la bête.

Il raconte l’histoire d’un homme et d’une femme qui, après avoir été mis en condition d’affronter la tentation et la faiblesse, y cèdent, et comprennent du même coup, dans leur chair car ils sont sous surveillance, l’histoire de la Chute, qu’ils n’avaient jusque alors pas comprise.

C’est un récit court et très efficace, plein d’empathie pour cette Eve et cet Adam si semblables à chacun d’entre nous.

Elle est lue avec la complicité des enfants.

On pourra en écouter une autre version,  par Sophie la girafe.


Un jour, un roi, qui était à la chasse, se perdit. Comme il cherchait le chemin, il entendit parler, et s’étant approché de l’endroit d’où sortait la voix, il vit un homme et une femme qui travaillaient à couper du bois. La femme disait :

« Il faut avouer, que notre mère Ève était bien gourmande, d’avoir mangé de la pomme. Si elle avait obéi à Dieu, nous n’aurions pas la peine de travailler tous les jours. » L’homme lui répondit :

« Si Ève était une gourmande, Adam était bien sot de faire ce qu’elle lui disait. Si j’avais été en sa place, et que vous m’eussiez voulu faire manger de ces pommes, je vous aurais donné un bon soufflet, et je n’aurais pas voulu seulement vous écouter. »

Le roi s’approcha, et leur dit :

« Vous avez donc bien de la peine, mes pauvres gens.

— Oui, monsieur, répondirent-ils (car ils ne savaient pas que c’était le roi), nous travaillons comme des chevaux, depuis le matin jusqu’au soir, et encore nous avons bien du mal à vivre.

— Venez avec moi, leur dit le roi, je vous nourrirai sans travailler. »

Dans le moment les officiers du roi, qui le cherchaient, arrivèrent ; et les pauvres gens furent bien étonnés et bien joyeux. Quand ils furent dans le palais, le roi leur fit donner de beaux habits, un carrosse, des laquais ; et tous les jours ils avaient douze plats pour leur dîner. Au bout d’un mois, on leur servit vingt-quatre plats : mais dans le milieu de la table, on en mit un grand qui était fermé. D’abord, la femme qui était curieuse, voulut ouvrir ce plat ; mais un officier du roi, qui était présent, lui dit que le roi leur défendait d’y toucher, et qu’il ne voulait pas qu’ils vissent ce qui était dedans. Quand les domestiques furent sortis, le mari s’aperçut que sa femme ne mangeait pas et qu’elle était triste ; il lui demanda ce qu’elle avait, et elle lui répondit, qu’elle ne se souciait pas de manger de toutes les bonnes choses qui étaient sur la table, mais qu’elle avait envie de ce qui était dans ce plat couvert :

« Vous êtes folle, lui dit son mari, ne vous a-t-on pas dit que le roi nous le défendait ?

— Le roi est un injuste, dit la femme ; s’il ne voulait pas que nous vissions ce qui est dans ce plat, il ne fallait pas le faire servir sur la table. »

En même temps, elle se mit à pleurer, et dit qu’elle se tuerait, si son mari ne voulait pas ouvrir le plat. Quand son mari la vit pleurer, il fut bien fâché, et comme il l’aimait beaucoup, il lui dit qu’il ferait tout ce qu’elle voudrait, pour qu’elle ne se chagrinât pas. En même temps, il ouvrit le plat, et il en sortit une petite souris, qui se sauva dans la chambre. Ils coururent après elle pour la rattraper ; mais elle se cacha dans un petit trou, et aussitôt le roi entra, qui demanda où était la souris.

« Sire, dit le mari, ma femme m’a tourmenté, pour voir ce qui était dans le plat, je l’ai ouvert malgré moi, et la souris s’est sauvée.

— Ah, ah ! dit le roi, vous disiez, que si vous eussiez été à la place d’Adam, vous eussiez donné un soufflet à Ève, pour lui apprendre à être curieuse et gourmande : il fallait vous souvenir de vos promesses. Et vous, méchante femme ; vous aviez toutes sortes de bonnes choses, comme Ève, et cela n’était pas assez : vous vouliez manger du plat que je vous avais défendu. Allez, malheureux, retournez travailler dans le bois, et ne vous en prenez plus à Adam et à sa femme, du mal que vous aurez, puisque vous avez fait une sottise pareille à celle dont vous les accusiez. »

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