Etty Hillesum terminait sa lettre de décembre 1942 par la phrase suivante :

Je pense, avec une naïveté puérile peut-être mais tenace, que si cette terre redevient un jour tant soit peu habitable, ce ne sera que par cet amour dont le juif Paul a parlé jadis aux habitants de la ville de Corinthe au treizième chapitre de sa première lettre.

Le treizième chapitre de la première épître aux Corinthiens est ce texte magnifique, et parfois obscur, qui, dans la traduction œcuménique, commence par les mots :

Quand je parlerais en langues,

celle des hommes et celle des anges,

s’il me manque l’amour,

je suis un métal qui résonne,

une cymbale retentissante.

Le métal qui résonne, c’est ce langage qui ressemble à celui des hommes, voire à celui des anges, mais qui ne dit que du bruit, qui ne porte ni mélodie, ni sens : on entend quelque chose mais derrière, il n’y a rien. 

Ce qui manque, c’est l’harmonie, c’est la beauté, c’est le sens, c’est la chair, tout ce qui ne peut venir que du souffle, de l’esprit – de ce que Paul appelle amour ou charité.

Cet amour, Paul ne le définit pas. Il en énonce des attributs :

L’amour prend patience, 

l’amour rend service,

il ne jalouse pas, il ne plastronne pas,

il ne s’enfle pas d’orgueil,

il ne fait rien de laid,

il ne cherche pas son intérêt,

il ne s’irrite pas, 

il n’entretient pas de rancune, 

il ne se réjouit pas de l’injustice, 

mais il trouve sa joie dans la vérité.

Il excuse tout, il croit tout, 

il espère tout, il endure tout.

On ne va pas examiner chaque mot et chercher ce qu’est l’amour en décomposant le texte au scalpel. Il ne s’agit pas d’une définition et encore moins d’une recette. L’amour dont parle Paul  – et c’est justement pourquoi il en parle ainsi – ne se laisse pas appréhender comme une chose. Il est justement ce qui ne se réduit pas à une chose. Il est une poésie, une musique, un mouvement de l’âme, une attitude. Il est presque tout entier dans la façon : dans la manière et l’intention.

 

Comme les choses les plus essentielles, l’amour est dans la tension – je veux dire dans la réinvention et la recréation permanentes. Il n’est pas un donné, un bien qu’on posséderait et qui nous serait pour toujours acquis ; il est fluide et mouvant comme l’eau vive. Il ne s’acquiert pas ; il se vit et se suit, comme un chemin.  Il est le chemin, la voie.

L’amour, c’est ce sourire qui se dessine sur les lèvres de l’ange. Le mouvement même du sourire qui se forme et qui éclaire le monde de sa présence.

 


En introduction et conclusion musicales, le tout début et la toute fin de Bladi, de Souad Massi, dont la musique ne résonne certes pas comme un métal !

One thought on “Un métal qui résonne

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