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Une vieille photo


photo2entière

C’est une veille photo. Elle a été jaunie et rosie par le temps même si elle demeure d’une grande qualité et d’une grande précision dans les détails.  Elle a été tirée par l’atelier Henry Delgay, une maison familiale alors célèbre qui tenait boutique au 42, Allées Lafayette, à Toulouse (les actuelles Allées Jean Jaurès) et, étant donné à la fois la période d’activité de cet atelier photographique, l’habillement des personnages et le décor (notamment la voiture hippomobile, avec ses roues cerclées de fer), on peut penser que l’image a été prise au début du XXème siècle, avant la Première guerre mondiale.

Quand, exactement, l’image a-t-elle été prise ? Où exactement ? Qui sont, et que font ces dix hommes qui figurent sur la photo ? Je n’en sais rien.  Le lieu, cependant, est probablement Toulouse, non seulement à cause de l’adresse du photographe mais parce que les murs de briques couverts de torchis qu’on peut voir sur l’image, ainsi que les caniveaux de galets courant le long des murs sont typiques de l’architecture languedocienne et plus spécifiquement de celle de la Ville rose.


La photographie est collée sur un carton dont les quatre coins portent des traces de clous mais aucune indication n’y figure, que ce soit à son recto ou à son verso. C’est une image anonyme, à ceci près que, se trouvant dans un carton rempli de photos de famille, il y a certainement, parmi les personnages qu’on voit, un ou plusieurs de mes aïeux.


L’attitude des quatre hommes au premier rang : trois hommes jeunes entourant affectueusement un quatrième plus âgé, aux cheveux ras et blancs, me donne donne à penser qu’il s’agit d’un père et de ses trois fils. L’un tient son bras, l’autre entoure ses épaules, le troisième, qui porte une blouse, a sa main posée sur l’épaule du deuxième. Partagent-ils un air de famille ? Je ne saurais le dire. Mais ils paraissent proches l’un de l’autre,  même si le plus âgé paraît un peu mal à l’aise. Il faut dire que l’homme au canotier, à sa gauche, que je crois être un de ses fils, lui enserre le bras. Et il faut dire aussi qu’il tient quelque chose entre ses mains, on ne sait pas trop quoi : c’est blanc et effilé, on pourrait croire un cierge tendu au bout d’un chandelier, à moins que ce ne soit une dague, un stylet que le reflet de la lumière du ciel blanchirait, peut-être l’outil symbolisant sa profession.


Au deuxième étage de la photo, sont les fumeurs de pipes. Elégants avec leur canotier et leur nœud de cravate, un peu bohèmes, ils affichent une allure décontractée, aventurière. Peut-être des cousins revenus des Amériques après y avoir fait fortune et découvert le monde : mains dans les poches pour le premier, qui sourit à l’appareil, pose en tailleur pour le second, assis sur le toit de la voiture, le chapeau de travers et les yeux clairs, poète ou trappeur, à moins que ce ne soit l’un et l’autre.


Tout en haut, quatre hommes. Ils sont un peu hors champ, hors groupe. J’ai l’impression qu’ils ne constituent pas le sujet principal de la photographie et ils sont un peu flous.  D’ailleurs, à l’exception du troisième, ils ne regardent pas vraiment l’objectif mais quelque chose d’autre, légèrement sur sa droite. Ils sont à côté. Ils doivent travailler avec la famille réunie plus bas mais ne sont pas tout à fait dans le cercle des intimes. Des associés, peut-être, ou des employés. Le dernier, sur la droite, cigarette au bec, tient à la main ce que je pense être un fouet ou une cravache d’attelage.


L’image dégage un certain bonheur, une certaine joie de vivre.  Tous ces hommes ont l’air heureux, paisibles, tranquilles. Contents d’être là, ensemble, contents de montrer leur mine, leurs habits, leur bien-être, leurs attitudes

Ils sont tous morts aujourd’hui, et largement. Mais aucune tristesse, aucune nostalgie, aucune mélancolie ne se dégage de cette image, qui reste fraîche et vivante. Vivace et souriante.

    Le voyage du héros / The Hero's Journey
    janvier 27, 2017 at 17 h 13 min

    Rêvons nous aussi…
    Photographie prise par un photographe ambulant qui allait de commerce en commerce? Ici, le patron en grand tablier blanc serait un boulanger ou un boucher. La carriole, ce pourrait être qui sert pour faire la tournée des villages avoisinants. Le patron a eu le temps de se munir d’un tablier propre. Le monsieur au milieu sur le siège de la carriole, c’est le vieux commis, timide et discret, qu’on est allé chercher sans qu’il ait eu le temps de se préparer. Il a vite enlevé son tablier sans savoir où le poser ailleurs que sur sa propre épaule et il a encore en main le couteau qu’il utilisait pour inciser les pains ou préparer la viande… Mais alors, pourquoi huit gars endimanchés?
    Peut-être y a-t-il plutôt eu une fête de famille, ce qui expliquerait et leur nombre et leur tenue? On aura voulu rendre honneur (en quel honneur?) au monsieur du milieu et on sera allé le chercher en groupe, le prenant au dépourvu tandis que, pour l’encourager, son patron aura décidé d’accompagner le mouvement…

      Aldor
      janvier 27, 2017 at 22 h 13 min

      Oui. Ce pourrait être cela aussi.

      La première fois que j’ai vue cette photo, la carriole m’a fait penser à une mise en scène, une sorte d’Amérique du Sud réinventée pour représenter un groupe d’amis. C’est en l’observant de plus près que j’ai réalisé que ma première impression était fausse.

      Mais quant à la vraie histoire, je ne la connais pas.

      Merci de la votre.

    Timothy Price
    mars 6, 2017 at 0 h 28 min

    Interesting photo and the photographer was very clever in how he posed 10 men. By employing the tongue, seat and roof of the cart, he posed the men in a backward « Z » shape that made a pleasing composition, and allowed the men to be more natural. All their faces can be seen clearly, as well as their suits, hats and hands. Composing group photos where everyone in the group stands out, and each person has a good, natural expression on his face is difficult to achieve.

      Aldor
      mars 6, 2017 at 0 h 30 min

      I agree. It’s a great composition and a nice work.

    'vy
    juin 15, 2017 at 21 h 21 min

    Certains écrivent un roman à partir d’une photo. J’ai lu avec plaisir ton analyse. Je me rappelle des heures passées avec un ami qui s’intéressait à la première guerre mondiale, il achetait des paquets de correspondances de ces années terribles. Parmi ces lettres il y avait toujours des photos, parfois qui correspondaient à l’auteur des lettres, parfois non. Dans un cas comme dans l’autre, nous regardions et essayions de mettre des mots sur la vie de ces gens. Tellement vivants sur le papier. Nous faisions un voyage dans le temps.

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