dérivée

Tangente et dérivée

 

 

De ce qui est vraiment important,
De ce qui est vraiment essentiel,
Jamais on ne sait tout :
Quelle est l’intention ?
Quel est le sens ?
Est-ce vérité ou mensonge ?

 

Si peu sépare le déséquilibre de l’équilibre,
Le vrai du faux,
Le sincère de l’insincère,
Le vivant du mécanique.
Un souffle, une pichenette,
Un presque rien,
Un indicible indescriptible,
Un ineffable.
Et tout pourtant est là.

 

Tout est là qui fait la chose,
Que la chose est cette chose et non une autre chose,
Que la chose est cette chose et non son contraire :
Le battement invisible du cœur qui fait vivant ce qui sinon serait mort,
Le sourire qui se dessine avant même d’apparaître,
La fluidité de la grâce.
La courbe franchira-t-elle la ligne ou non ?
Sera-t-elle tangente ou rencontre ?
Quelle est sa dérivée ?

 

De ce qui est vraiment important, on n’est jamais certain, ni assuré.
Pas de garantie. Pas de pérennité sur laquelle se reposer.
Rien de fixe ni de solide.
Du palpitant et du mouvant,
Du fluide et du coulant,
De l’éphémère.
Toujours et à jamais.

 

Rien sous le scalpel : ni âme, ni esprit, ni amour, ni grâce.
Ils sont ailleurs.
S’ils étaient là, ce serait leur apparence,
Leur ombre dans la caverne.
Leur vérité vit au dehors.
C’est là qu’elle s’épanouit,
Insaisissable.

 

Tangente et dérivée :
A regarder un point de la courbe, la méconnaissance est totale.
Et l’ignorance.
L’attention seule peut deviner,
Peut voir, peut discerner. Peut-être.

 

La corde vibre,
Mais il n’y a de mélodie qu’au-delà de l’instant,
Qu’au-delà du moment.
La musique est dans son passé mort et son futur non encore advenu.
Elle n’est rien dans le présent, rien dans ce qui est,
Mais tout entière contenue dans ce qui, au fond, n’est pas.
Le présent, qui est tout, en elle n’est pourtant rien.
Le tout est le rien. Et le rien est le tout.

 

Vibration des choses essentielles
Qui nous laissent dans le désert et la nuit.
Hésitation, incertitude.
Seules ces choses vibrantes sont vraiment importantes :
Quelle est l’intention derrière ce geste, derrière cette parole ?
Qui parle ? Pourquoi ? Quel est l’esprit derrière la lettre ?

 

Nuit profonde
Où seule notre intention nous est connue,
Que nous projetons,
Et dont nous habillons le monde,
Dérivée donnant son sens à la courbe.

 

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Eve, première mortelle

Quelques strophes lues de Eve, première mortelle, cet immense et magnifique poème de Charles Péguy, qui dit la femme et sa grandeur, l’homme et sa chute, racontés au travers du destin d’Eve, première femme, qui, contrairement à tous et toutes les autres,  « a connu d’innover le malheur » :

Et moi je vous salue ô première pauvresse.
Vous savez ce que c’est que d’avoir innové.
Les autres n’ont connu qu’un plateau de détresse.
Vous savez ce que c’est que d’avoir inventé.

Seule vous avez pu faire la différence,
Mesurer l’Océan d’avec un pauvre port.
Il fallut demander à la jeune espérance
Ce qui jusqu’à ce jour était donné d’abord.

Les autres n’ont connu que d’être malheureux.
Vous avez innové d’entrer dans le malheur.
Les autres n’ont connu que d’être douloureux.
Vous avez inventé d’entrer dans la douleur.

Les autres n’ont connu que le commun niveau.
Mais vous avez connu le dénivellement.
Les autres n’ont connu qu’un pauvre caniveau.
Mais vous avez connu le grand ruissellement.

Les autres n’ont connu qu’un périssable sort.
Vous avez innové l’autel et l’hécatombe.
Les autres n’ont connu qu’une commune mort.
Vous avez inventé d’entrer dans cette tombe.

L’image représente la Vierge de Pitié des Recollets, une statue du début du XVIème siècle qui se trouve au Musée des Augustins, à Toulouse.

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Saut de l’ange

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Ça n’est pas parce qu’il a des ailes,
Qui retiennent sa chute,
Que l’ange saute dans le vide.

C’est parce qu’il saute dans le vide,
Soutenu par sa seule foi,
Que l’homme devient ange.

Avec l’aimée, chaque jour je m’élance
Dans le vide, confiant en elle et en moi-même,
Sans garantie, sans assurance
Autre que mon amour, autre que mon « Je t’aime ».

chat

Amour sans loi

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 J’accueille actuellement
(Très provisoirement)
Une chatte nommée Lune.
 
Quand vient la nuit et que nous nous couchons,
Lune se lève et vagabonde.
A pas de loup, dans tout l’appartement,
Elle se promène, calmement,
Passant de lit en lit,
Allant de couche de couche,
Venant lover son corps tantôt ici et tantôt là.
 
Quand Lune déambule, elle est sans attache et sans loi :
Venant et repartant au gré de ses désirs,
Elle vit, à tout instant, sa liberté,
Et c’est par pur plaisir qu’elle vient à mes côtés.
 
L’amour des chats est sans contrainte,
Sans discipline, sans habitude.
Il est, à chaque instant, reconduit ou détruit.
Et c’est pourquoi, dans sa fragilité,
Il nous est si précieux
Et nous rend si heureux.

2013-05-07-bouche-alhambra

Eaux de l’Alhambra

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C’était à Grenade,
Dans les jardins fleuris de L’Alhambra,
Par une douce après-midi de printemps.

Orangers et citronniers remplissaient l’air de leur parfum,
Mille roses tachaient de couleurs  le bleu sombre du ciel
Que venait souligner, comme un rimmel, le nacre de la Sierra Nevada.

De tous côtés, l’eau dispensait sa fraîcheur sonore,
Son murmure humide et revigorant.

 

PS : cet article a été « podcastisé » le 6 avril 2015.