J’sais pas quoi faire, qu’est-ce que j’peux faire ?

C’était à la Treille, non loin des restes du ponton sur lequel Jean-Paul Belmondo, alias Pierrot le Fou, arrête d’un brutal « Silence ! J’écris. » la plainte lancinante d’Anna Karina lui chantant son ennui.

La plage était couverte d’un épais tapis d’algues sur lequel la mer venait calmement se briser et pétiller comme du champagne.

J’étais arrivé plus tôt à Notre-Dame, à une heure où le soleil était déjà levé mais où la plage restait dans l’ombre rougeoyante que faisait la haute muraille des Mèdes.

Au retour, j’allais dans la plaine Notre-Dame où, parmi les oliviers et les queues de lièvres, je découvris, trésor enfoui au creux des herbes, des clochettes d’or.

Grillon et petits ducs

Nous étions partis, dans la nuit, guetter dans les forêts de l’île le cri charmant du petit-duc. On l’entend,  de loin en loin, depuis les ruelles du village, et on aperçoit parfois l’adorable frimousse de cette boule de poils perchée au creux d’un arbre ou sur un fil de téléphone.

Ce fut peine perdue. Rien dans les forêts.  Rien sur les chemins y conduisant.

De retour aux abords du logis, un grillon se faisait entendre à la lumière d’un lampadaire . Je l’enregistrai.

Goélands crieurs

Nous nous étions levés tôt pour aller, au sommet de l’île, assister au lever du soleil. Ce fut magnifique et grandiose

Au retour, nous nous arrêtâmes à l’Oustaou. Un soleil d’or éclairait sa paroi et, au fond, quelques goélands lançaient leur cri, rasant l’eau de leurs longues ailes blanches.

Je gravis un sentier qui courait à travers la végétation pour rejoindre un autre point de vue, d’où la calanque révélait les grands rochers tapissant ses profondeurs :

Cascatelle marine 

C’était au bout de la presqu’île du Langoustier, dans ces rochers si mêlés à la mer que le sel s’y dépose en couches épaisses qui blanchissent les roches, cristallisent et étincèlent à la lumière comme rivières de diamants

Une petite houle agitait la mer. Dans le petit golfe que dessinait l’enchevêtrement des roches, les vaguelettes venaient s’échouer dans le calme, bruissant comme un grelot léger, sonnant comme le ferait une cascatelle.

Cigale du matin 

C’était sur le sentier qui, partant des gorges du Loup, rejoint le Brégançonnet, quelque part dans le Bois des Chênes, face à l’Îlote.

C’était le matin et les cigales lançaient leurs premiers chants. La plupart en compagnie, se lançant les unes les autres ; certaines en solitaire. C’était elles que je cherchais.

Longtemps, je n’ai pas vu celle sur laquelle je jetai finalement mon dévolu.  Elle était pourtant là,  évidente sur la branche mais il fallut un rayon de soleil éclairant ses ailes cassées pour que je la découvre,  effrayée et soudainement silencieuse.

Je me souviens qu’étant enfant et habitant Marseille,  un camarade s’amusait à me faire peur en arrachant des cigales de l’arbre auquel elles s’étaient agrippées pour me les lancer à la figure.

Le temps à bien passé – ce que je savais déjà. 

Merle du Brégançonnet 

C’était sur le joli chemin qui conduit à la calanque du Brégançonnet. Perché au sommet d’un pin, invisible, un merle chantait,  lançant ses trilles joyeuses dans la lumière fraîche du matin.

Il emplissait l’air de son bonheur de vivre, auquel participaient,  bourdonnant dans le bleu du ciel, les insectes qui passaient.

Plus loin, la vigne s’étendait voluptueusement.

Ressac


C’était près de l’Oustaou de Dieu, face au large, au sud, à l’Afrique, lointaine.

Le jour se levait et, sous la caresse des premiers rayons de soleil, les cigales entamaient leur chant.

Dans les rochers qui dégringolaient dans la mer, les vagues jouaient et le ressac faisait entendre sa pulsation, grave et puissante. De temps en temps, de l’écume se formait, dont on pouvait entendre, léger et cristallin, l’évanouissement mousseux.